06 / analyses · 22 septembre 2026

L’arithmétique de l’essaim

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Un budget temps calculé pour un seul drone est le cas le plus simple. Quand les drones arrivent l’un après l’autre, chacun trouve la défense encore occupée par le précédent. Ce texte calcule combien de drones sur dix un poste de défense traite à temps. La réponse dépend des intervalles, du temps d’engagement et du rôle de l’humain.

Les analyses précédentes calculaient le temps pour une seule cible, et les attaques réelles ressemblent rarement à cela. Quand il y a plusieurs drones, voire une dizaine, le résultat dépend de la somme des temps et non du temps d’un seul engagement. Ce texte montre à quelle vitesse cette somme dépasse les capacités d’un seul poste de défense.

Trois attaques, trois échelles

Dans la nuit du 5 au 6 janvier 2018, 13 drones rudimentaires ont attaqué les bases russes de Hmeimim et de Tartous, en Syrie. C’est le chiffre du ministère russe de la Défense. Dix visaient la base aérienne et trois le port. Les Russes ont déclaré en avoir abattu sept et pris le contrôle de six par la guerre électronique.

En septembre 2019, l’usine de traitement du pétrole d’Abqaïq, en Arabie saoudite, a été frappée par 18 drones, selon le ministère saoudien de la Défense. La même frappe a employé sept missiles de croisière, dont quatre ont touché le champ pétrolier de Khurais. L’attaque a interrompu pour un temps environ la moitié de la production saoudienne.

Dans la nuit du 9 au 10 septembre 2025, la Pologne a enregistré 19 violations de son espace aérien par des drones. Elles ont eu lieu entre 23 h 30 et 6 h 30 environ. La destruction de trois d’entre eux a été confirmée et, selon le Premier ministre, probablement celle d’un quatrième. Cela fait en moyenne une violation toutes les vingt minutes ou plus, mais il ne s’agissait pas d’une attaque contre un seul site.

Les intervalles exacts entre les drones lors des deux premières attaques n’ont pas été rendus publics. On sait seulement qu’une frappe coordonnée contre un seul site les réduit à quelques secondes ou à zéro. C’est ce cas que calcule ce texte.

Le modèle

Dix drones de vitesse moyenne, 21 mètres par seconde, sont détectés à intervalles égaux, chacun à la même distance. Chacun passe d’abord par les maillons techniques du modèle, à savoir la détection, la classification et la vérification automatique de l’autorisation du vol. Le modèle calcule ensuite trois variantes. Dans la variante A, un humain dans la boucle décide des drones l’un après l’autre et transmet l’ordre au tireur. Dans la variante B, les décisions se déroulent en parallèle, comme si chaque drone avait son propre décideur. Dans la variante C, l’humain est sur la boucle, et le système engage chaque drone si aucun veto n’intervient dans les dix secondes.

Le poste dispose d’un seul effecteur, qui engage les drones un par un. Le temps que l’effecteur consacre à un drone est fixé, à titre illustratif, à 3, 6 ou 12 secondes. L’effecteur traite d’abord le drone auquel il reste le moins de temps et laisse de côté celui qu’il ne peut plus atteindre à temps.

L’humain ou l’effecteur

Le premier tableau porte sur dix drones détectés à un kilomètre, avec un effecteur qui a besoin de six secondes par drone. Il indique combien le poste en engage à temps.

Intervalle entre les dronesA, un opérateur à la foisB, décisions en parallèleC, sur la boucle, veto de 10 s
0 s0,21,55,0
5 s0,21,910,0
10 s0,21,910,0
20 s0,22,010,0

Nombre moyen de drones engagés à temps, sur dix. Modèle illustratif, 4 000 tirages par cellule avec une graine aléatoire fixe.

02468100 s5 s10 s15 s20 sintervalle entre les dronesatteints à temps en moyenne, sur 10C, sur la boucle, veto de 10 sB, décisions en parallèleA, un opérateur à la fois

Dix drones détectés à un kilomètre, effecteur de 6 secondes par drone. Nombre moyen de drones engagés à temps selon l’intervalle entre eux, pour trois rôles de l’humain. Modèle illustratif.

Avec un humain dans la boucle et une détection à un kilomètre, le poste n’arrive presque à rien à temps, quel que soit l’effectif. Même des décisions en parallèle ne donnent que deux drones au plus, alors qu’avec un humain sur la boucle le tableau s’inverse. Avec dix drones à la fois, le poste en engage la moitié, et avec des intervalles de cinq secondes, tous. Le goulet d’étranglement passe de l’humain à l’effecteur.

Ce que pèse une seconde d’effecteur

Le second tableau reprend la variante C avec dix drones à la fois. Il fait varier le temps de l’effecteur et la distance de détection.

Temps d’effecteur par droneDétection à 2 kmDétection à 1 kmDétection à 500 m
3 s10,010,02,0
6 s10,05,01,0
12 s6,02,00,0

Variante C, dix drones à la fois, nombre moyen de drones engagés à temps, sur dix.

Lorsque l’humain ne freine pas la procédure, le nombre de drones engagés dépend presque uniquement de deux choses. Ce sont le temps que l’effecteur passe sur une cible et le temps qui reste après la détection. Dès que l’effecteur devient le goulet d’étranglement, chaque doublement du temps d’engagement réduit de moitié ou davantage le nombre de drones traités. Avec une détection à 500 mètres, même le plus rapide des trois effecteurs n’en traite que deux.

L’essaim comme temps comprimé

Un essaim n’est pas seulement un nombre de cibles. C’est le même budget temps partagé entre de nombreuses cibles à la fois. Dans le rôle avec un humain dans la boucle, c’est l’humain qui le répartit, et il vient à manquer dès les premières cibles. Dans le rôle avec un humain sur la boucle, c’est l’effecteur qui le répartit, et chaque seconde d’engagement compte. Les deux rôles ont un dénominateur commun, la distance de détection, car c’est elle qui fixe tout le temps à partager.

Ce que le modèle ne couvre pas

Le modèle compte un seul effecteur et suppose que chaque tir atteint sa cible. Plusieurs effecteurs ou des tirs manqués modifieraient le résultat dans des sens opposés. Dans la variante C, il ne vérifie pas non plus si une seule personne peut suivre dix fenêtres de veto à la fois. Personne ne l’a mesuré, et avec dix cibles c’est douteux. Les temps d’effecteur sont des valeurs illustratives et non des données d’un système réel.

Code du modèle et données d’entrée (ZIP, Python)

Déclaration d’intérêts. L’auteur est le fondateur de Silesian Advanced Systems, une équipe qui développe un système antidrone autonome et prépare la création d’une société. Ce système doit fonctionner dans le rôle que ce texte appelle supervision sur la boucle. L’auteur a donc un intérêt direct dans ce sujet. Le modèle, le code et la grille complète des résultats sont publiés pour que le raisonnement puisse être vérifié de manière indépendante.

Sources

  1. CBC News et Reuters. 2025. « Poland Shoots Down at Least 3 Russian Drones in Its Airspace ». 10 septembre. ↗
  2. CNBC. 2018. « Russia Says It Killed Rebels behind Swarm Drone Attack in Syria, but Experts See More Such Strikes Ahead ». 12 janvier. ↗
  3. Defense Update. 2019. « Attack on Saudi Oil Refineries Proves the Devastating Potential of Iranian Cruise Missiles ». 20 septembre. ↗
  4. DFRLab. 2018. « #PutinAtWar. Drone Attack at Khmeimim ». Medium, 22 janvier. ↗
  5. NBC News. 2025. « Poland Says It Shot Down Russian Drones That Violated Its Airspace during Attack on Ukraine ». 10 septembre. ↗
  6. Radio Free Europe/Radio Liberty. 2018. « Russia Says 13 Drones Used in Attack on Its Air Base, Naval Facility in Syria ». 8 janvier. ↗
  7. The War Zone. 2019. « Here’s All the New Info You Need to Know in the Aftermath of the Saudi Oil Facilities Attacks ». 19 septembre. ↗
  8. UN News. 2025. « UN Warns of Escalation Risk after Large-Scale Russian Drone Incursion into Poland ». 12 septembre. ↗

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